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Repliez-vous

Le marché tente de trouver un creux. Restez diversifiés. Concentrez-vous sur le long terme.

Points à retenir

  • La liquidation généralisée de la semaine dernière pourrait vouloir dire que la correction se situe plus près de sa fin que de son début.
  • Le moment où le marché touchera un creux dépendra de plusieurs facteurs, notamment du moment où le taux de propagation du coronavirus atteindra son apogée, de la réaction des gouvernements et des répercussions sur les bénéfices des sociétés et sur l’emploi.
  • En supposant une chute de 10 % des bénéfices, le marché boursier américain me semble être évalué plutôt équitablement.
  • Si nous tombons en récession, je ne crois pas qu’elle se prolongera au-delà d’un ou deux trimestres.
  • La diversification est efficace. Au 13 mars, un portefeuille hypothétique composé à 60 % d’actions et à 40 % d’obligations était toujours en hausse de 5 % par rapport au pic de valorisation de janvier 2018*, et ce, malgré la dégringolade de 27 % de l’indice S&P 500.

Il ne fait aucun doute que la volatilité surréaliste des marchés de la semaine dernière et l’ambiance troublante qui règne dans les rues (et dans les allées des supermarchés) resteront longtemps gravées dans les mémoires et alimenteront les conversations durant des années à venir.

Pendant quelques jours, les taux obligataires ont bondi dans tous les sens tandis que les actions fluctuaient jusqu’à 10 % par jour, et d’autres catégories d’actifs considérées comme des valeurs refuges, comme l’or et les titres de services publics, se sont repliées davantage que le marché boursier. De toute évidence, même les valeurs refuges ne sont pas à l’abri.

Nous avons observé la même situation en 2008 : des catégories d’actifs jusque-là « immunisées » avaient alors succombé aux ventes forcées par des investisseurs très endettés (des fonds de couverture, par exemple). La bonne nouvelle, c’est que ce type de vente forcée est plus susceptible de se produire à la fin d’une correction qu’au début.

En date du creux de jeudi, l’indice S&P 500 avait dégringolé de 27 % par rapport à son sommet, ce qui représente le recul le plus brutal de son histoire.

Des rendements agités

Pendant ce temps, les écarts de taux (c’est-à-dire la différence entre les taux des effets du Trésor américain et ceux des obligations de qualité inférieure) se sont fortement élargis dans la foulée de l’annonce que l’Arabie saoudite et la Russie étaient engagées dans une guerre des prix. Cette guerre a eu pour effet de faire chuter le prix du pétrole brut à près de 30 $ le baril, ce qui est inférieur au seuil de rentabilité de certains producteurs pétroliers secondaires aux États-Unis. Cela a créé une contagion sur le marché des titres de créance à rendement élevé, où le secteur de l’énergie est fortement représenté (12 % de l’indice Barclays High Yield, contre 3 % de l’indice S&P 500).

Le taux de rendement des bons du Trésor américain à 10 ans a brièvement chuté à 0,30 % la semaine dernière, un taux jusque-là inimaginable pour la plupart des investisseurs. Il a fluctué fortement toute la semaine, d’abord à la baisse, puis à la hausse, ce qui me porte à croire que le marché obligataire a lui aussi été emporté par la situation en cours.

Plus de questions que de réponses

Nous continuons de chercher des réponses aux questions suivantes :

  • Quand le taux de croissance de la COVID-19 atteindra-t-il son sommet aux États-Unis et ailleurs dans le monde, et où s’établira-t-il alors?
  • Dans quelle mesure les bénéfices seront-ils touchés? Combien de temps la situation persistera-t-elle? Avec quelle rapidité la reprise s’exercera-t-elle?
  • Quelle est la valorisation appropriée d’un marché aussi incertain?
  • Quelle sera l’ampleur des mesures monétaires et budgétaires?

Il est essentiel de comprendre le taux de croissance parabolique des cas de la COVID-19 pour déterminer l’ampleur et la durée du choc de la demande. Si je me fie à ce que je lis, il faudra compter encore plusieurs semaines avant que le taux de propagation du virus atteigne un pic potentiel aux États-Unis. Tant que nous ne saurons pas à quel moment ce pic sera atteint, nous ne pourrons pas déterminer la durée et l’ampleur de l’isolement, ni quelles en seront les répercussions économiques.

L’isolement et la distanciation sociale se produisent toutefois maintenant à plus large échelle, ce qui est positif. Ma fille est infirmière dans l’unité de soins intensifs pédiatriques d’un des grands hôpitaux de Boston. Pour sa santé et pour notre système de santé, j’espère que les mesures mises en place seront efficaces.

Une réaction sur deux fronts?

En ce qui concerne la réaction des autorités publiques, nous savons maintenant que la Réserve fédérale prend toutes les mesures qui s’imposent. Ainsi, il y a deux semaines, la Réserve fédérale (Fed) a réduit le taux de référence des fonds fédéraux d’un demi-point de pourcentage et lancé un programme de liquidités de 1,5 billion de dollars. Dimanche, elle est allée encore plus loin en abaissant les taux d’un autre point et en injectant 700 milliards de dollars de plus dans le système financier.

Les mesures budgétaires ne sont pas encore complètes, mais plusieurs d’entre elles ont déjà été mises en place pour procurer un certain répit au cours des prochains mois, qui seront sans doute particulièrement pénibles. Ce qui manque toujours, ce sont les stimulants budgétaires qui aideront l’économie à se remettre du choc, une fois qu’il se dissipera. On espère qu’une annonce sera faite à ce sujet, et le plus tôt sera le mieux.

Une reprise en forme de V, de U ou de L?

Bien que la dimension de la santé soit évidemment la composante la plus importante du contexte actuel, la dimension économique ne doit pas pour autant être négligée. Les prévisions de bénéfices continuent de faire l’objet d’une révision à la baisse, mais nous n’aurons une idée précise de l’ampleur de cette baisse qu’une fois que la période de déclaration des bénéfices du premier trimestre s’amorcera, dans trois ou quatre semaines. Pour le moment, je m’attends à ce que le bénéfice par action (BPA) de l’indice S&P 500 accuse un repli de 10 % au cours des deux prochains trimestres – de 163 $ à 147 $ – mais qu’il se redresse par la suite. Toutefois, personne ne le sait encore avec certitude.

Le taux de croissance prévu du BPA pour 2020 est de 4,4 %, soit la moitié de ce qu’il était il y a quelques semaines à peine. Si nous nous fions aux résultats de 1998 et des années 2015 et 2016, il devrait chuter à zéro, ou même moins, en 2020. Selon moi, la reprise coïncidera davantage avec la tendance de croissance qui prévalait avant le choc de la COVID-19. En ce qui concerne les bénéfices, cela s’élevait à 8 % par année. À mon avis, nous devrions assister à un recul de 10 % au cours des deux prochains trimestres, puis à une reprise de 8 % par année qui partira de cette base plus faible.

À mon avis, le marché a déjà pris en compte une grande partie de la mauvaise nouvelle. En utilisant la règle de 20 (ratio C/B = 20 – l’inflation), si nous supposons un coefficient C/B de 17 et l’appliquons au BPA de 145 $, nous obtenons un prix de 2 466 pour l’indice S&P 500. Avec un coefficient de 18, nous parlons plutôt de 2 611. Le marché a clôturé à 2 479 jeudi dernier, et à 2 722 vendredi. Autrement dit, il a déjà pris en compte une grande partie du repli. Cela me porte à croire qu’à moins que les bénéfices chutent beaucoup plus ou tardent à remonter, le marché se négocie actuellement à une valeur assez juste.

Le marché baissier, signe avant-coureur de récession?

Les marchés baissiers ne donnent pas toujours lieu à une récession, mais lorsqu’ils le font, ils débutent habituellement deux mois avant celle-ci, et prennent fin quatre mois avant elle. Cela a du sens, étant donné que le marché tente toujours d’actualiser l’avenir. Tâchons de nous en souvenir lorsque nous verrons des manchettes annonçant une récession au cours des semaines à venir.

À mon avis, il est essentiel de faire la distinction entre une récession technique (c.-à-d., quelques trimestres de croissance négative suivis d’un retour à une croissance tendancielle), un cycle des stocks (le scénario de récession traditionnel, où une politique de resserrement monétaire attribuable à l’inflation provoque une récession au moment où les entreprises ont dépensé des sommes trop importantes en biens d’équipement) et une crise financière (ce qui précède, plus des déséquilibres financiers importants qui se détériorent pendant le déclin).

Étant donné que la COVID-19 constitue, en toute vraisemblance, un choc temporaire de la demande, je crois que si nous tombons en récession, elle sera de nature technique. Il sera toutefois important de surveiller les données relatives aux demandes d’assurance-chômage pour nous assurer que l’économie ne bascule pas dans une boucle de rétroaction négative de mises à pied qui entraînent d’autres mises à pied. Avec un peu de chance, les mesures budgétaires robustes de la Fed et les liquidités abondantes qu’elle a injectées dans le système permettront d’éviter que cela se produise.

Il faut se rappeler que chaque récession est différente, et que celle-ci le sera également, si elle se concrétise. Par ailleurs, toutes les récessions ne sont pas nécessairement des crises financières. La crise financière mondiale de 2008 a constitué une « tempête parfaite », au cours de laquelle la contagion financière s’est propagée à tous les recoins du marché. L’épisode en cours présente sans doute certains aspects de la contagion maintenant qu’un choc pétrolier s’est ajouté au contexte, mais l’effet de levier utilisé dans le système semble nettement moins élevé qu’en 2008. La situation des ménages et des banques est saine, et la plus grande partie de l’endettement des entreprises semble être sur le plan de l’ingénierie financière (pour les acquisitions et les rachats d’actions) plutôt que du côté des dépenses en immobilisations traditionnelles.

Dans un contexte de récession, la fonction d’intervention de la Fed et la tendance des taux d’intérêt et de l’inflation constituent d’autres aspects importants à prendre en considération. Par exemple, la récession de 1974 a entraîné un marché baissier de 48 %, en partie parce que la Fed ne cessait de relever les taux d’intérêt. Ce n’est qu’une fois qu’elle a marqué une pause, au mois d’octobre 1974, que le marché a été en mesure de se redresser. Le contexte actuel est très différent.

Le pouvoir de la diversification

Pour la plupart des investisseurs à long terme qui détiennent un portefeuille bien diversifié, la crise qui secoue les marchés boursiers est certes effrayante, mais elle est gérable, du moins jusqu’ici. Les gains inscrits par un portefeuille composé à 60 % d’actions et à 40 % d’obligations depuis le sommet des valorisations de janvier 2018 se maintiennent à 5 %, même si l’indice S&P 500 s’est replié de 27 % par rapport à son pic de février. Voilà pourquoi il est important : a) de se doter d’un portefeuille polyvalent adapté à sa situation financière, à sa tolérance au risque et à son horizon de liquidités (c.-à-d., le moment où l’investisseur doit tirer un revenu de son portefeuille); b) de garder le cap quoiqu’il advienne; c) de rééquilibrer périodiquement son portefeuille. D’ailleurs, tôt ou tard, tous les investisseurs ont intérêt à rééquilibrer leur portefeuille.

Nous attendons toujours que la COVID-19 atteigne sa crête, que la période de déclaration des bénéfices débute, que la contagion à l’échelle des catégories d’actifs s’estompe et que les appels de marge soient réglés, mais je ne crois pas exagérer en affirmant que la volatilité se poursuivra sur l’ensemble des marchés. D’un point de vue technique, le marché fait actuellement l’objet d’une forte survente, et il y a lieu d’espérer que les niveaux que nous avons atteints la semaine dernière pourront servir de base sur laquelle nous pourrons rebâtir.

En règle générale, le marché enregistre une perte de vitesse, qui est suivie par plusieurs semaines – voire plusieurs mois – de reconstitution de la base, puis par une sorte de mise à l’essai et, pour terminer, par un nouveau marché haussier. Par conséquent, même si le creux a été atteint la dernière semaine (ce qui n’est pas encore sûr), il faudra un certain temps avant que le marché retrouve sa vigueur.

Donc, pour les jours à venir, ne prenez pas de risques. Si vous avez un plan qui vous convient, respectez-le. Vendre maintenant signifie matérialiser les pertes. Si vous n’avez pas de plan, ou si vous vous demandez si celui que vous avez vous convient toujours, adressez-vous à un spécialiste en placements. Dans la vie comme dans les finances, c’est un bon moment pour se replier sur soi.

Originalement publié par Fidelity Investments :

https://www.fidelity.ca/fidca/fr/expertinsights/timmer/hunkerdown

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